Devenir parents

Ce que mon bébé a changé en Moi

janvier 20, 2021

Un enfant chamboule tout sur son passage.

Les émotions sont sens dessus dessous, le sommeil plus qu’un lointain souvenir (et un doux fantasme), et un tout nouvel équilibre est à trouver.

Devenir mère, c’est dur.

Mais j’avais aussi envie de parler de tous les changements positifs que la naissance de ma fille a accéléré en moi. Mon mec dit qu’un enfant, c’est « le bootcamp du développement personnel » et je crois qu’il n’a pas tort.

 

Etre plus douce avec moi

 

C’est paradoxal parce qu’en tant que mère, je sens la culpabilité souvent roder autour de moi. Quelle mère n’a jamais entendu « si ton enfant est ceci… c’est parce que tu fais/ ou tu es cela ».

Dans mon cas, ce sont souvent les médecins qui ont un bac +25 en vaisseaux sanguins mais un bac -75 en communication, empathie et psychologie qui y ont été de leurs commentaires. Je les trouve nombreux à avoir une propension à te balancer des rafales de culpabilité (après t’avoir vu 3 minutes entre Madame Dupont et Monsieur Verger).  Mais avec le temps, j’arrive à être plus philosophe.

Je sais, en mon âme et conscience, que je fais de mon mieux pour être la mère que mon enfant mérite.

Je fais de mon mieux avec l’histoire qui est la mienne, avec mes besoins, mes qualités et mes failles. Je vois cet amour qu’il y a entre nous et je me dis que l’essentiel est là. J’ai la sensation que ma fille m’aide à m’accepter moi.

Ne pas chercher en permanence la comparaison

 

Je pensais, très naïvement, que les nouveaux-nés étaient tous « bâtis » selon le même modèle, qu’ils grandissaient de façon similaire et que ce n’était que plus tard que les différences s’accentuaient, que la personnalité se dessinait. Et non.

Au début, j’avais tendance (malgré moi, comme un automatisme) à comparer les progrès de ma fille avec ceux des autres. Je cherchais à me rassurer, mais souvent je ne trouvais que de l’inquiétude ou même de la déception. C’est horrible, non ? Et là, j’ai compris à quel point c’était absurde. J’ai réalisé que les bébés étaient des êtres humains comme les autres. Qu’ils avançaient à leurs rythmes, avec leurs centres d’intérêt propres, leurs personnalités, leurs besoins d’être rassurés. Qu’il n’y en avait pas un qui était meilleur que l’autre mais qu’ils étaient simplement différents.

Et que j’aimais ma fille qu’elle sache faire un double salto à 3 mois ou non.

Et ce constat a aussi eu de l’impact sur ma propre façon de fonctionner. Quand me (re)vient le travers de la comparaison, j’essaye d’analyser les choses différemment, de prendre de la distance. Je ne fais pas moins bien, je fais juste différemment. J’avance à mon rythme, j’essaye de trouver mon chemin.

J’arrive plus facilement à trouver l’inspiration au lieu d’aller chercher la comparaison.

 

« Telle personne a osé, a réussi, c’est formidable. Je suis admirative. J’aimerais moi aussi en arriver là. Je vais essayer. » Ma fille m’a rendu moins critique envers moi-même et envers les autres. Plus empathique. Bon, c’est comme tout, il y a des jours où c’est plus simple que d’autres. Pas évident de déconstruire totalement ses vieux mécanismes.

Respecter mes besoins

 

Au début, forcément, mes besoins je les ai piétinés. Tu n’as plus d’espace physique (si toi aussi ton enfant refuse d’être posé, tu me comprends) ou mental pour être toi, pour faire ce que tu as envie ou ce dont tu as besoin. Ton bébé monopolise tout ton temps, toute ton énergie.

J’ai eu beaucoup de mal à souffler, à déléguer, même à mon conjoint. Et avec l’allaitement, je n’arrivais pas (pendant longtemps) à me sentir libre de m’éloigner de mon bébé. Je me suis totalement investie dans cette maternité, quitte à m’oublier. Est-ce que c’est le jeu, ma pauvre Lucette? Peut-être. Mais à force d’avoir trop tiré sur la corde, j’ai appris.

Pendant les premiers mois de vie de mon enfant, je ne disais pas à mon conjoint « c’est trop, j’ai besoin que tu sois là », « je n’ai pas envie d’être seule »,  « j’ai besoin que tu t’occupes de notre fille », « j’ai besoin de faire autre chose », « je suis fatiguée ». Non, non. Je disais « oui, vas-y », « non, ça va aller », « je reste avec elle », « t’inquiète pas », « oui, investis-toi à fond dans ce projet associatif chronophage ». Sauf, que j’ai réalisé au bout de 9-10 mois, que non, ce n’était plus possible. Que sans même me l’avouer, je commençais à nourrir de la rancoeur, de la colère, du ras-le-bol.

Alors que le problème était seulement que je n’avais pas communiqué. Il est très fort mon mec, mais ce n’est pas Madame Irma non plus. Je disais « oui », alors que je pensais « non, aide-moi ». Ce genre de trucs ça peut être fatal dans une relation, je crois. Depuis, je verbalise et je ne fais plus passer mes besoins et mes envies en dernier, parce que j‘ai compris qu’ils étaient aussi légitimes. Avoir plus de temps pour moi, me permet aussi de garder le cap au quotidien. Et de me retrouver petit à petit.

Etre alignée avec mes valeurs

 

Je n’ai pas envie que ma fille fasse ce que je dis mais pas ce que je fais. Je n’ai pas envie de lui dire « sois-toi, fais ce que tu aimes », si derrière je vais faire une formation chez un huissier de justice pour apprendre à sonner à ta porte si tu n’as pas réglé ton dernier crédit Cétélem.

Je n’ai pas envie de lui dire que « le courage, c’est de dépasser ses peurs » si le truc le plus audacieux que j’ai fait depuis longtemps c’est aller jeter le compost et affronter les moucherons.

Je n’ai pas envie de lui dire qu’elle est belle comme elle est si je me fustige devant le miroir en disant que j’aimerais que ma cellulite brûle dans les flammes de l’enfer.

Bref, j’essaye d’être crédible.

Avoir conscience du temps qui passe

 

Quand on me disait « profite, tu vas voir ça passe vite », je me disais presque « elle me provoque ou quoi? ». Quand tu es dans l’oeil du cyclone, dans les pleurs, les douleurs dentaires, les insomnies, et que tu ne vois pas la lumière au bout du tunnel, tu te dis « bon Dieu, ça ne s’arrêtera donc jamais? « .

Mais quand 1 ou 2 ans plus tard, tu regardes des photos, des vidéos de ce petit être qui a déjà tant changé, tu prends une claque. Où-es mon bébé?

Tu te rends compte que tu n’arrives même plus à te souvenir précisément (en dehors de ces souvenirs que tu as capturé) de la bouille de ton bébé, de ce que vous avez vécu ensemble. Il a changé tellement vite que ton mental n’a même pas été capable de tout enregistrer.  Tout a filé. Tu te rends compte que c’est maintenant que ça se passe, dans l’instant présent. Ce sont probablement les années qui resteront pour toujours les plus importantes à nos yeux: l’enfance de nos enfants. Ces années que notre mémoire voudra conserver à tout prix, ces années où elle ira se réfugier plus tard. Je ne veux pas me réveiller un jour et me dire que j’ai loupé ça. Que j’étais là, sans être là.

 

Ce n’est sûrement pas tout, mais c’est ce qui me vient à l’esprit aujourd’hui. Peut-être que le temps et l’âge m’auraient amenés à évoluer dans ce sens aussi, même sans enfant. Mais, dans mon cas personnel, j’ai l’impression que la maternité a mis un coup de projecteur sur les aspects qu’il fallait que je travaille. Mes cycles de sommeil sont potentiellement bousillés pour la vie, mais il y a du bon aussi (heureusement, sinon l’humanité aurait cessé de se reproduire depuis belle lurette).

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