difficultés vivre sans pere
Avant bébé

Vivre sans père

novembre 21, 2020

Je n’ai jamais connu mon père.

Je ne sais pas qui il est, où il est, ce qu’il fait, s’il a une famille, des enfants. Je n’en sais rien, parce que ma mère n’a jamais voulu me raconter. Serait-il éligible au titre du meilleur père de l’univers, ou est il la pire pourriture que cette terre ait vu naitre (mais il y a quand même de la concurrence )? Ou juste un type « normal » qui porte des pantoufles Simpsons l’hiver et des espadrilles l’été, et s’enfile une petite bière le samedi? Je ne le sais pas, et je ne le saurais vraisemblablement jamais. 

Une enfance sans père

C’est évidemment à l’école que j’ai compris qu’il me manquait quelqu’un. Au début des années 90, en rase campagne, il n’était pas si fréquent de trouver des enfants de parents divorcés, séparés, de familles monoparentales etc. On était plutôt sur un modèle classique.

De mémoire, j’étais la seule avec un schéma parental original. C’est à l’école que j’ai commencé à ressentir pour la première fois de la peine à se sujet. Essentiellement parce que je me sentais différente, et que j’avais l’impression d’être moins aimée, d’avoir moins de chance que les autres. J’étais petite mais pourtant il y a des scènes qui m’ont marquées. Je me souviens de ce jour où la maitresse avait distribué un exercice polycopié. Il y avait une case pour sa mère, une case pour son père, une case pour soi. Et il fallait dessiner à l’intérieur les personnes correspondantes. Alors, j’ai dessiné un personnage, parce qu’il le fallait c’était la consigne mais j’ai été triste de ne pas réussir à rentrer dans ces cases Et puis, il y a la fête des pères. Ce jour où tout le monde s’affaire pour apprendre un poème, créer une oeuvre d’art avec des bâtonnets de glace, mais où toi tu sais que tu n’as personne à fêter

En grandissant, arrivent les premières questions: « il fait quoi ton père? ». Tu ne sais jamais quoi répondre, et ça jette toujours un froid. Quand j’étais petite, je m’imaginais des tonnes de scénarios dont je me souviens encore.  La chanson « mon papa à moi est un gangster » était un hit et du coup je me disais « c’est peut être ça, en fait. Ca se trouve il a été obligé de fuir.. A moins qu’il soit en prison». Badass! Quand je rencontrais des papas, je me disais que ça serait bien si c’était lui le mien. J’avais envie qu’on m’aime. Si je ne devais retenir qu’une scène marquante ce serait la suivante. Chaque jour, je prenais le bus pour aller à l’école. Et un jour alors que je venais d’en descendre, une camarade s’est mise à courir en criant « papa » d’un air tellement heureux parce qu’il venait de la surprendre en venant la récupérer. Elle lui a sauté dans les bras, il l’a fait tournoyer au dessus de sa tête. On aurait dit une scène de joie dans des pubs Kinder Country. Je me suis sentie tellement triste, j’avais tellement envie d’être cette petite fille. Surtout que pour clore la tristesse de la scène, moi je devais les dépasser et rentrer seule à pied ^^. 

Bref, je ne sais pas comment ça se passe dans les écoles de nos jours. Mais j’espère de tout coeur qu’on agit avec empathie, qu’on prend en compte la réalité de chaque enfant. Qu’on a au moins un mot, une pensée pour celle ou celui qui n’a pas les mêmes chances que les autres. 

Une adolescence sans père

 

Adolescente la tristesse a laissé sa place à la colère. Je me sentais en colère de ne pas au moins savoir. En colère contre ma mère, ses secrets et son égoïsme. Juste savoir. Même si l’histoire n’était pas très originale, ou reluisante, juste être fixée. Même s’il était juste question d’une partie de jambe en l’air moyenne à l’arrière d’une renault 19. Je ne sais même pas s’il y a un gars quelque part qui sait qu’il a une fille. Ma mère était violente dans ses mots, elle même était probablement en colère contre moi. Elle me disait que si j’allais à sa rencontre je ne ferais que foutre sa vie en l’air. Si je lis encore un post facebook qui dit que TOUTES les mères sont formidables, douces comme du miel et tralala cuicui, je brûle tout les gars. Bref, ce n’est pas un hasard si aujourd’hui elle ne fait plus partie de ma vie. Je rêvais d’un père qui m’aide à solidifier mon estime de moi, et à me sentir protégée.

Je repense là aussi à une anecdote de la fin de l’enfance/début de l’adolescence. C’était l’époque de l’émission « y’a que la vérité qui compte » avec Bataille et Fontaine. En gros, c’était des gens qui en invitaient d’autres sur le plateau TV pour leur parler, se livrer, avec en fonds une musique pathos qui te tire la larme à l’oeil. Je n’arrêtais pas de me dire que ce serait si « magique » (dans le sens inespéré) que Rebecca (oui, je me souviens de son nom) sonne à ma porte en m’apportant son enveloppe d’invitation (so old school). J’aurais pu ouvrir le rideau et j’aurais eu ma happy end. Oui, je me réfugiais beaucoup dans mon imaginaire.

Autre moment récurent: les fiches d’information à compléter en début d’année au collège (et au lycée?). Avec chaque nouveau professeur, il fallait sortir une feuille et donner le nom et la profession de ton père et de ta mère. Voilà, voilà, autant d’espaces barrés qui faisaient échos au vide que je pouvais ressentir. Au delà de ça, je n’ai jamais compris. Pourquoi demander ces informations? Pour se forger un a-priori? Pour savoir à quel élève/à quelle personne tu as à faire selon la catégorie socio-professionnelle de ses parents?

Jeune adulte

J’ai accepté que ma vie se ferait sans père. Que de toute manière c’était trop tard. Je ne pensais plus avoir grand chose à y gagner, à part me faire (re)jeter une nouvelle fois. Ca me semblait déjà impossible de rattraper (même dans le meilleur scénario- celui où le gars est un gandhi de la paternité) ce temps perdu. Mais je ressentais toujours une amertume et une colère qu’on refuse de me dire la vérité. Les silences, les non-dits, les tabous sont un parfait terreau pour ces émotions. Au quotidien, je vivais une vie normale, sans y penser.

Cependant, j’ai quand même continué à vivre des épisodes qui venaient réactiver cette sensation de manque. Invitée aux 20 ans d’une copine, j’ai dû retenir mes larmes quand son père lui a fait un discours d’Amour, et l’a faite danser devant les invités.

J’ai réalisé que je n’aurais personne à mes côtés pour partager les étapes clés de ma vie.

Maintenant que je suis maman

Je n’ai pas eu de père mais pendant toutes ces années j’ai construit mentalement une image du père idéal. Je n’avais aucune référence (personnelle) mais du coup tout était possible.

Je me suis convaincue que je n’avais pas eu de père mais que j’aurais ma « revanche » en offrant à mon enfant le meilleur père qui soit. En permettant à mon enfant de vivre les moments qui m’ont manqués. Je ne me suis pas trompée parce que le père de ma fille est vraiment à la hauteur de son rôle. Si je n’avais pas rencontré un homme qui m’avait fait me sentir confiante par rapport à ça, j’aurais probablement préféré renoncer à mon désir de maternité. Si regret il y a, il s’est déporté. Je n’offrirais pas à ma fille de papy.

Mais je crois avoir trouvé un apaisement, et après tout ce cheminement, avoir accepté. Sans tristesse, sans colère.

Je suis intimement persuadée que l’absence d’un père ne nuit pas forcément au bonheur familial. Il y a des familles mono-parentales, homosexuelles, qui font sauter les schémas et où j’en suis persuadée les enfants sont heureux. Ce qui m’a manqué c’est de l’équilibre, je n’avais pas la présence d’une mère pour contre-balancer. Quand il y a de l’amour, de l’empathie, de l’écoute, du respect, on arrive forcément à vivre mieux les choses, à les comprendre et à les accepter. Peut être même à en faire une richesse. A l’inverse, comme ce fut mon cas, le chemin est plus tortueux.

J’ai aussi compris que l’absence était peut être préférable à une présence toxique.

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